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La Guerre selon Rambo : notre interview de Stallone !

Le muscle saillant mais fatiguĂ©, une voix d’outre-tombe, pas de doute nous voilĂ  en face de Rocky et de Rambo rĂ©unis. De Sylvester Stallone quoi ! TrĂšs simplement et dĂ©contractĂ©, Ă  l’image de sa tenue jean/tee-shirt, Sly nous reçoit Ă  l’occasion de la sortie du dernier Ă©pisode de Rambo...

 

Pourquoi avoir choisit la Birmanie comme dĂ©cor de John Rambo ?
Parce que c’est une guerre secrĂšte, une guerre qui dure depuis 60 ans, qui est si sauvage, si brutale, et pourtant personne n’est au courant, donc je trouvais ça intĂ©ressant. Je voulais aussi emmener Rambo au cƓur de l’enfer, avec tout ce que l’enfer porte comme mythologie, la riviĂšre, les serpents
 C’est pour ça que j’ai choisi la Birmanie.

 


Pourquoi n’aurait-il pas pu se battre en Irak ou en Afghanistan, oĂč les troupes sont engagĂ©es actuellement ?
Vous savez, je pense que le public ne veut pas qu’on lui ressasse sans cesse ces images. Ils les voient tous les jours Ă  la tĂ©lĂ©vision, ils prĂ©fĂšrent la politique de l’autruche. Et puis cela aurait Ă©tĂ© insultant. Les soldats y sont depuis 5 ans, et Rambo en 2 heures aurait tout rĂ©glĂ©. Non, cela aurait Ă©tĂ© une insulte. Et puis, personne ne veut voir de film sur une guerre qui n’est pas finie, ils veulent attendre 10, 12 ans
 C’est trop sensible, c’est bizarre comme phĂ©nomĂšne.

 

Donc peut ĂȘtre que dans 10 ans vous ferez un film sur ce sujet ?
Quand on a fait Rambo, nous avions le recul pour ĂȘtre objectif sur le sujet. En AmĂ©rique - et pourtant j’aime l’AmĂ©rique - ils parlent des problĂšmes Ă©conomiques
 et pas des guerres, alors qu’il y en a deux en cours. Il y a quelque chose qui cloche non ?

 


Aimeriez-vous vous impliquer dans une action humanitaire ?
Il y a deux maniĂšres de s’impliquer
 Je pense qu’on peut se servir des films pour sensibiliser des millions de personnes. Avec John Rambo, tout le monde saura pour la Birmanie, donc c’est un bon moyen d’agir. Car ce film a bien deux fonctions : le divertissement, bien sĂ»r, mais il sert aussi Ă  sensibiliser la population sur le pire pays du monde : la Birmanie.

 

Vous avez fait revenir Rocky Ă  l’écran, aujourd’hui Rambo, John McClane est lui aussi rĂ©apparu il n’y a pas longtemps, bientĂŽt nous reverrons Indiana Jones. Pourquoi Ă  votre avis assistons nous Ă  la rĂ©surgence de ces hĂ©ros ?
La nouvelle gĂ©nĂ©ration est hyper technologique avec les ordinateurs, les effets spĂ©ciaux, et les hĂ©ros sont bien diffĂ©rents. Du coup, je pense qu’il y a une curiositĂ© de revoir des hĂ©ros simples, faciles Ă  suivre, directs. Quand j’ai vu Spiderman, je me suis dit : « wah mais ça a dĂ» leur coĂ»ter une fortune ». C’est tellement complexe ! Rambo revient Ă  des choses simples. En ce sens on se rapproche des westerns, de ces duels homme Ă  homme.

 

Vous avez dirigé vos deux derniers films
 Dans le futur, allez-vous plus vous consacrer à la réalisation ou à la comédie ?
Je n’ai jamais vraiment aimĂ© jouer. En plus je pense que lorsqu’on arrive dans la cinquantaine, on commence Ă  se rĂ©pĂ©ter. C’est comme les chanteurs, leurs voix ne vont plus s’amĂ©liorer mais vont plutĂŽt s’affaiblir. Donc, la rĂ©alisation est une bonne alternative, on dĂ©couvre de nouveaux talents, et c’est pour ça que j’aime diriger, j’aurai dĂ» le faire plus tĂŽt. J’ai aimĂ© mettre en scĂšne. Je ne suis pas un spĂ©cialiste des mouvements de camĂ©ra compliquĂ©s, j’aime ĂȘtre plus frontal. Je me suis posĂ© la question de savoir comment j’allais rĂ©aliser John Rambo. Au dĂ©part j’avais engagĂ© un jeune rĂ©alisateur, mais il voulait changer trop de choses, impliquer Al-QuaĂŻda, du plutonium, de l’uranium, des bombes sales. Je lui ai dit non, on s’en fout de ces conneries, moi je veux montrer des hommes qui tuent d’autres hommes. J’ai donc renvoyĂ© ce rĂ©alisateur, j’ai pris la suite et je me suis posĂ© la question du style Ă  adopter. Et j’ai dĂ©cidĂ© de filmer comme Ă  travers les yeux de Rambo. Il n’y a donc rien de vraiment fluide, c’est trĂšs direct.

 

Vous avez un projet de film sur Edgar Allan Poe
 Pourquoi cet auteur ?
C’est fou parce que intellectuellement, nous n’avons rien en commun. C’est un tel gĂ©nie, il Ă©tait incroyable. Parce qu’il pensait diffĂ©remment, avec ses histoires gothiques, il Ă©tait persĂ©cutĂ©. Avec ses histoires de subconscient, il a effrayĂ© les gens. Mais je sais que si je fais ce film sur Poe, ce sera un dĂ©sastre, j’en parle depuis si longtemps. Peut-ĂȘtre que ça devrait ĂȘtre Tim Burton qui devrait faire ce film, avec Johnny Depp


 

Pour en revenir Ă  John Rambo, pourquoi avoir dĂ©cidĂ© de faire un film si sauvage ?
C’est comme la boxe, si vous rentrez sur le ring, c’est pour la victoire. Pour un film sur une guerre civile, il ne faut pas y aller avec le dos de la cuillĂšre pour que l’on ne puisse pas oublier. Je voulais que les jeunes comprennent que lorsque l’on est touchĂ© par une balle de fusil, votre corps est rĂ©duit en miettes
C’est ce que les soldats voient sur le champ de bataille. Je trouve ça plus honnĂȘte. Quand on dĂ©cide cela il faut y aller Ă  fond, ou alors il ne faut pas le faire. On peut ĂȘtre un poisson ou un oiseau, mais on ne peut pas ĂȘtre les deux.

 

 

                                                            Propos recueillis par Mathieu Girard (Paris, FĂ©vrier 2008)